(Temps de lecture : 10 minutes)
Chaque année, près de 48 000 décès prématurés en France pourraient être évités en réduisant l’exposition aux particules fines dans l’air. De même, le bruit des transports est responsable d’un coût sanitaire estimé à 20 milliards d’euros par an.

Ces chiffres illustrent à quel point nos environnements de vie, façonnés par les politiques publiques, influencent directement notre santé. Pourtant, nombre de décisions d’aménagement, de transport ou d’urbanisme sont prises sans une évaluation approfondie de leurs conséquences sanitaires.

C’est là qu’intervient l’Évaluation d’Impact sur la Santé (EIS). Conçue comme un outil stratégique d’aide à la décision, elle permet d’anticiper les effets positifs et négatifs d’un projet ou d’une politique sur la santé des populations.

  • Pourquoi l’EIS est-elle un levier incontournable pour les collectivités et les territoires ?
  • Quels sont les différents types d’EIS et dans quel cadre s’appliquent-ils ?
  • Quels sont les étapes indispensables à prévoir dans une Évaluation d’Impact sur la Santé ?

Cet article vous guidera à travers toutes ces questions, afin de mieux comprendre le rôle de l’EIS et son application dans les décisions publiques.

Qu’est-ce que l’EIS et pourquoi est-elle essentielle ?

Lorsqu’une collectivité planifie un projet d’aménagement, une nouvelle infrastructure ou une politique publique, elle évalue souvent ses impacts économiques, environnementaux ou sociaux.

Mais qu’en est-il de la santé des populations ? L’Évaluation d’Impact sur la Santé (EIS) est précisément un outil conçu pour anticiper ces effets et intégrer la santé comme un facteur clé dans la prise de décision.

Définition de l’EIS

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’EIS est une démarche structurée et interdisciplinaire qui vise à analyser les effets potentiels d’une politique, d’un programme ou d’un projet sur la santé des populations et la répartition de ces effets.

Elle repose sur plusieurs sources d’information, dont les données scientifiques, les connaissances des experts et la participation des parties prenantes (citoyens, collectivités, professionnels de santé, etc.).

L’objectif ? Maximiser les bénéfices sanitaires et sociaux tout en réduisant les risques pour la santé publique.

Les différents types d’EIS : quelle approche pour quel projet ?

L’Évaluation d’Impact sur la Santé (EIS) peut être réalisée selon trois niveaux d’analyse, en fonction de la complexité du projet, des ressources disponibles et du temps imparti.

Type d’EIS

Durée Méthodologie Objectif

Exemples d’application

EIS rapide

Quelques jours à quelques semaines Analyse documentaire, consultation limitée d’experts Identifier rapidement les principaux impacts sanitaires et proposer des ajustements simples Petits projets urbains, nouvelles réglementations locales

EIS intermédiaire

2 à 6 mois Données existantes + collecte d’informations, consultations ciblées Approfondir l’analyse des déterminants de santé et anticiper les effets à moyen terme Plan local d’urbanisme, projets de mobilité

EIS approfondie

6 mois et plus Étude détaillée, collecte de nouvelles données, modélisation des impacts, large concertation Évaluer l’ensemble des impacts sanitaires et sociaux sur le long terme et proposer des alternatives solides Grands projets d’infrastructures, nouvelles politiques publiques

Selon le projet concerné, le choix du type d’EIS peut varier. Voici trois exemples concrets qui montrent comment adapter l’approche en fonction des besoins et des contraintes.

Une collectivité souhaite rénover une place publique en zone urbaine.

La mairie veut améliorer l’aménagement sans bouleverser l’existant. Ici, une EIS rapide est suffisante. En quelques jours, une analyse documentaire et la consultation d’experts permettent d’identifier les risques potentiels liés au bruit, à la qualité de l’air et à la mobilité. Des recommandations simples sont formulées, comme l’installation de bancs ombragés ou de revêtements réduisant les nuisances sonores.

Un projet de réaménagement d’un quartier résidentiel prévoit la construction de nouveaux logements et l’ajout d’une ligne de bus.

Dans ce cas, une EIS intermédiaire est nécessaire. En quelques mois, les impacts sur la santé des habitants sont étudiés : pollution, accessibilité aux soins, mixité sociale. L’analyse repose sur des données existantes et des consultations ciblées auprès des résidents et des professionnels de santé. L’objectif est d’anticiper les effets à moyen terme et d’ajuster le projet avant validation.

Une nouvelle ligne ferroviaire est en projet, traversant plusieurs communes rurales et périurbaines.

Les enjeux sont nombreux : pollution de l’air, nuisances sonores, impact sur l’accès aux infrastructures et sur la qualité de vie des riverains. Une EIS approfondie est ici indispensable. Elle s’étale sur plusieurs mois, avec une modélisation des impacts environnementaux, des études épidémiologiques et une large concertation des habitants et élus locaux. L’objectif est de proposer des solutions pour limiter les nuisances tout en optimisant les bénéfices du projet.

EIS, étude d’impact sanitaire et évaluation environnementale : quelles différences ?

L’EIS est souvent confondue avec d’autres types d’évaluations d’impact. Pourtant, elle s’en distingue par son approche transversale et sa capacité à intégrer un grand nombre de déterminants de santé.

Type d’évaluation

Objectif principal Méthodologie

Application

Évaluation d’Impact sur la Santé (EIS)

Anticiper les effets d’un projet sur la santé et proposer des mesures adaptées Analyse qualitative et quantitative, concertation des parties prenantes Urbanisme, transport, logement, politiques publiques, environnement

Étude d’impact sanitaire (EISa)

Évaluer un risque spécifique sur la santé (ex. pollution de l’air, toxicité d’un produit) Analyse scientifique des expositions et effets pathologiques Pollution, toxicologie, risques industriels

Évaluation environnementale (EE)

Analyser l’impact d’un projet sur l’environnement (sols, air, biodiversité) Études d’impact réglementaires avec modélisation des risques Projets d’infrastructures, urbanisme, transport, industrie

L’EIS ne remplace pas ces autres évaluations, mais elle les complète en mettant la santé au centre de l’analyse. Contrairement à une approche strictement environnementale ou économique, elle prend en compte les effets sociaux, économiques et territoriaux sur la santé des habitants.

Résumé des points clés sur l'évaluation d'impact sur la santé (EIS) pour les collectivités

Pourquoi intégrer l’EIS dans les politiques publiques ?

L’EIS est un levier puissant pour mettre en place des politiques publiques favorables à la santé et éviter des décisions aux conséquences négatives sur le bien-être des populations.

Une aide précieuse pour les collectivités engagées pour la santé

Avec l’augmentation des exigences en matière de développement durable et de santé publique, intégrer l’EIS dans les stratégies territoriales permet aux collectivités de répondre aux attentes des citoyens tout en optimisant leurs investissements.

Un outil d’anticipation et d’optimisation des projets

En intégrant l’EIS en amont, les collectivités peuvent adapter leurs politiques et leurs infrastructures pour minimiser les impacts négatifs et maximiser les effets bénéfiques​. Cela permet, entre autres, d’éviter le gaspillage des ressources disponibles.

Un levier pour réduire les inégalités territoriales et sociales de santé

Certaines populations sont plus vulnérables aux décisions publiques (quartiers prioritaires, zones rurales isolées). L’EIS permet d’évaluer comment un projet affecte différemment les groupes sociaux et d’y apporter des solutions adaptées.

Une meilleure prise en compte des déterminants de santé

L’EIS analyse non seulement les risques physiques (pollution, bruit, accès aux soins), mais aussi les facteurs sociaux et économiques qui influencent la santé des populations (logement, précarité énergétique, mobilité)​.

Plusieurs collectivités françaises ont déjà mis en œuvre des EIS pilotes pour anticiper les impacts sanitaires de leurs projets :

  • Quartier Bel Air à Marseille : Une EIS a permis d’identifier les impacts du projet de renouvellement urbain sur la santé des habitants et de formuler des recommandations pour limiter l’exposition à la pollution et favoriser la mobilité active.
  • Aménagement du Grand Paris Express : Des évaluations sanitaires ont été intégrées pour anticiper les effets sur la qualité de l’air et les nuisances sonores​.
  • Projet de tramway à Lyon : Une EIS a été réalisée pour étudier les bénéfices en termes de mobilité active et de pollution de l’air​.

Les étapes clés d’une Évaluation d’Impact sur la Santé (EIS)

L’EIS repose sur une démarche structurée en cinq étapes clés, permettant aux collectivités et aux décideurs d’anticiper les effets sanitaires d’un projet ou d’une politique publique et d’y apporter les ajustements nécessaires.

Sélection / Dépistage : déterminer si une EIS est nécessaire

L’Évaluation d’Impact sur la Santé (EIS) ne s’applique pas systématiquement à tous les projets. La première étape consiste à identifier si une EIS est justifiée et pertinente.

Le dépistage aide à répondre à une question clé : « Ce projet a-t-il un impact sur la santé de notre population ? ». Il permet ainsi aux collectivités d’identifier les projets nécessitant une analyse approfondie, d’éviter les évaluations inutiles, d’optimiser les ressources et de prendre en compte les déterminants de santé dès la conception d’un projet.

Comment se déroule cette phase de sélection ?

Tout d’abord, il s’agit de préciser les principales caractéristiques du projet :

  • Type de projet : concerne-t-il l’urbanisme, les transports, l’environnement, les infrastructures publiques, ou encore un programme social ?
  • Portée du projet : son impact est-il limité à un quartier, une ville, une région ?
  • Populations concernées : touche-t-il un grand nombre de personnes ? Des groupes vulnérables comme les enfants, les personnes âgées ou les habitants de quartiers défavorisés sont-ils impliqués ?

Cette première identification permet d’orienter l’évaluation des impacts potentiels et de repérer les aspects à surveiller.

Une fois le projet caractérisé, une analyse rapide des effets potentiels sur la santé est menée à travers plusieurs critères clés.

  • Le projet peut-il être vecteur de risques sanitaires ? Va-t-il affecter la qualité de l’air, le niveau de bruit, l’accès aux soins ou à une alimentation saine ?
  • Peut-il renforcer ou réduire les inégalités territoriales en matière de santé ?
  • Des EIS ont-elles déjà été réalisées sur des projets similaires ? Quels enseignements en tirer ?

Cette évaluation préliminaire permet d’établir un premier niveau d’alerte et d’orienter la prise de décision sur la nécessité de mener une EIS.

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Notre outil de dépistage rapide, basé sur les ressources du Centre de collaboration nationale sur les politiques publiques et la santé du Québec, vous permet de détecter en quelques minutes si une EIS est nécessaire pour votre projet.

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À l’issue de cette évaluation préliminaire, trois scénarios peuvent se présenter, en fonction du niveau de risque identifié :

  • Le projet n’a pas d’impact majeur sur la santé : Une EIS n’est pas nécessaire. Toutefois, des recommandations et bonnes pratiques peuvent être formulées pour éviter d’éventuels effets négatifs.
  • Le projet présente des risques potentiels : Une EIS peut être réalisée pour identifier les principaux enjeux sanitaires et proposer des mesures adaptées.
  • Le projet présente des risques importants : Une EIS est requise, avec une analyse plus détaillée des impacts, la consultation des parties prenantes et des recommandations spécifiques.

La décision de mener ou non une EIS repose donc sur une analyse rigoureuse des impacts potentiels du projet. Cette première étape permet d’orienter efficacement les efforts de la collectivité.

Exemples concrets de sélection d’EIS

Exemple 1 : Un projet d’extension de ligne de tramway en ville
Dépistage rapide :

  • Projet de transport affectant plusieurs milliers d’habitants,
  • Risques d’exposition au bruit et d’impact sur la qualité de l’air,
  • Bénéfices attendus sur la mobilité active et la réduction de la pollution.

Décision : Le projet nécessite une EIS approfondie pour anticiper les effets sur la pollution et la santé des riverains.

Exemple 2 : Une rénovation d’éclairage public dans une ville
Dépistage rapide :

  • Peu d’impact sur la santé des populations,
  • Pas de lien direct avec l’environnement ou les comportements sanitaires.

Décision : Aucune EIS nécessaire, mais des bonnes pratiques peuvent être intégrées, comme la réduction de la pollution lumineuse.

Cadrage : définir l’approche et les méthodologies

Une fois qu’un projet a été identifié comme nécessitant une Évaluation d’Impact sur la Santé (EIS), l’étape suivante consiste à définir le périmètre et la méthodologie de l’évaluation. Cette phase, appelée cadrage, permet d’organiser l’analyse en identifiant les déterminants de santé à étudier, les acteurs à mobiliser et les outils à utiliser.

Définir les enjeux sanitaires à analyser

Le cadrage vise à répondre à une question essentielle : « Quels sont les impacts sanitaires les plus pertinents à évaluer pour ce projet ? ».

Pour cela, plusieurs éléments doivent être précisés :

  • Quels déterminants de santé sont concernés ? Le projet peut affecter différents aspects :
    • Environnementaux : qualité de l’air, bruit, accès aux espaces verts.
    • Sociaux : conditions de logement, mixité sociale, accès aux services de santé.
    • Comportementaux : incitation à l’activité physique, accès à une alimentation saine.
  • Quels sont les groupes de population les plus exposés ? Certains publics sont plus sensibles aux changements induits par un projet (enfants, personnes âgées, travailleurs exposés, populations en situation de précarité).
  • Existe-t-il des enjeux spécifiques au territoire ? Une zone déjà polluée ou confrontée à des inégalités d’accès aux soins nécessitera une vigilance accrue.

Cette analyse préliminaire oriente le travail d’évaluation pour qu’il soit adapté aux réalités locales et aux besoins des populations concernées.

Choisir les outils et méthodes d’évaluation

Une fois les enjeux sanitaires identifiés, il est nécessaire de sélectionner les outils et méthodes d’analyse qui permettront de mesurer les impacts du projet. Pour cela, plusieurs méthodes peuvent être utilisées.

Une première approche consiste à analyser les données existantes, comme les statistiques de santé publique, les niveaux de pollution de l’air ou encore les indicateurs socio-économiques. Ces informations permettent d’identifier les tendances générales et de repérer les populations les plus vulnérables. Par exemple, si un projet d’aménagement touche une zone où la pollution est déjà élevée, il sera important d’évaluer son effet sur la qualité de l’air et la santé respiratoire des habitants.

Une autre approche repose sur la modélisation des impacts, qui permet de prévoir comment le projet influencera certains facteurs, comme le bruit, la pollution ou l’accessibilité aux services. Cette méthode est souvent complétée par l’analyse d’études de cas similaires, en observant des projets comparables réalisés ailleurs. Par exemple, si une ville met en place une nouvelle ligne de tramway, il peut être utile d’étudier comment ce type d’infrastructure a affecté la santé des habitants dans d’autres territoires.

Enfin, la participation des habitants et des acteurs locaux joue un rôle essentiel dans l’évaluation. En organisant des enquêtes, des entretiens ou des ateliers avec les citoyens, les élus et les professionnels de santé, il est possible de mieux comprendre leurs préoccupations et d’adapter le projet en conséquence. Cette approche collaborative permet d’identifier des impacts qui n’auraient peut-être pas été pris en compte dans les analyses purement techniques et favorise l’acceptation du projet par la population.

Le choix des outils dépend du niveau d’analyse requis. Une EIS rapide pourra se baser sur des données déjà disponibles, tandis qu’une EIS approfondie nécessitera des études spécifiques et des enquêtes de terrain plus poussées.

schéma représentant les différentes méthodes d'évaluation dans une EIS

Impliquer les parties prenantes

L’efficacité d’une EIS repose sur une approche interdisciplinaire et participative. Dès la phase de cadrage, il est essentiel d’identifier et d’impliquer les acteurs concernés par le projet.

Qui sont les parties prenantes à associer ?

  • Les décideurs publics (élus locaux, services techniques) qui encadrent et valident le projet.
  • Les experts en santé publique (agences régionales de santé, chercheurs, professionnels du secteur) pour apporter une expertise scientifique.
  • Les urbanistes et aménageurs qui traduisent les recommandations en solutions concrètes.
  • Les associations et citoyens pour intégrer les besoins et perceptions des populations concernées.

Des réunions de cadrage peuvent être organisées pour définir les priorités d’analyse, recueillir des données de terrain et garantir une appropriation collective des résultats de l’évaluation.

Analyse : évaluer les impacts sur la santé

L’analyse est le cœur de l’Évaluation d’Impact sur la Santé (EIS). Elle permet d’évaluer les effets positifs et négatifs du projet sur la santé des populations concernées, en s’appuyant sur des approches quantitatives et qualitatives. L’objectif est de mesurer l’ampleur des impacts, d’identifier les populations les plus vulnérables et de proposer des ajustements pour limiter les risques.

Analyse quantitative : mesurer les impacts avec des données chiffrées

L’approche quantitative repose sur l’exploitation de données épidémiologiques, environnementales et socio-économiques pour évaluer objectivement les effets du projet.

Elle s’appuie sur plusieurs outils :

  • Données épidémiologiques et statistiques : comparaison des taux de maladies respiratoires, d’hospitalisations, de troubles cardiovasculaires ou de stress avant et après la mise en œuvre du projet.
  • Modélisation des impacts : simulations permettant d’évaluer l’évolution de la qualité de l’air, du bruit ou de l’accessibilité aux services selon différents scénarios d’aménagement.
  • Cartographie des risques : identification des zones où les impacts seront les plus marqués et des populations les plus exposées.

Ces analyses permettent d’anticiper les conséquences mesurables du projet et d’évaluer dans quelle mesure il pourrait réduire ou aggraver certains problèmes de santé publique.

Analyse qualitative : recueillir la perception et l’expérience des populations

L’analyse qualitative vise à compléter les données chiffrées par des retours d’expérience et des observations de terrain. Cette approche est essentielle pour comprendre comment les habitants et les acteurs locaux perçoivent le projet et ses impacts sur leur cadre de vie.

Elle repose sur plusieurs méthodes :

  • Enquêtes auprès des habitants : perception des nuisances, sentiment de sécurité, changements dans l’accès aux services.
  • Focus groups et entretiens : échanges avec les professionnels de santé, les urbanistes et les associations locales pour identifier des enjeux spécifiques.
  • Études d’expériences similaires : analyse de projets comparables mis en place dans d’autres territoires pour anticiper les effets et éviter d’éventuelles erreurs d’aménagement.

Cette approche permet de mieux cerner les impacts indirects et les effets ressentis qui ne sont pas toujours visibles dans les analyses quantitatives, mais qui peuvent avoir une influence majeure sur la santé des populations.

Exemple : extension d’une zone d’activités artisanales en milieu semi-rural

Dans une commune semi-rurale, l’extension d’une zone d’activités artisanales prévoit l’installation de nouveaux ateliers, l’aménagement de routes d’accès et la création d’un parking.

[Quantitatif] L’analyse met en évidence plusieurs impacts : augmentation du trafic routier, pollution de l’air et nuisances sonores pour les riverains. Le projet risque aussi d’accélérer le ruissellement des eaux de pluie, augmentant le risque d’inondations.

[Qualitatif] Les habitants expriment des préoccupations sur la qualité de vie (bruit, circulation accrue), mais reconnaissent les bénéfices pour l’emploi local et l’économie. L’absence de transports en commun vers la zone renforce les inégalités d’accès.

Rapport et recommandations : formaliser des conclusions et proposer des mesures correctives

Une fois l’analyse des impacts réalisée, il est essentiel de structurer les résultats et d’en extraire des recommandations opérationnelles pour améliorer le projet.

Le rapport d’EIS ne se limite pas à un simple diagnostic, il sert à orienter les décisions et à proposer des ajustements concrets qui permettront de réduire les effets négatifs et de maximiser les bénéfices du projet pour la santé des populations.

Rédiger un rapport structuré et accessible

Le rapport doit être à la fois clair, synthétique et argumenté, afin d’être compréhensible par les décideurs et les parties prenantes.

Il débute généralement par une synthèse des conclusions, qui met en avant les impacts identifiés et les populations les plus concernées.

Ensuite, il présente différents scénarios d’aménagement, en comparant leurs effets sur la santé. Ces alternatives permettent aux décideurs d’évaluer plusieurs options et de choisir celle qui minimise les risques tout en conservant les objectifs du projet.

Enfin, la partie centrale du rapport est consacrée aux recommandations, qui doivent être détaillées et justifiées sur la base des données collectées.

Proposer des recommandations adaptées et réalistes

Les recommandations doivent être pragmatiques et adaptées aux contraintes du projet, tout en intégrant les enjeux sanitaires identifiés. Elles peuvent concerner plusieurs dimensions :

  • L’aménagement du site (espaces verts, imperméabilisation des sols, qualité de l’air, performance énergétique des bâtiments).
  • La mobilité et l’accessibilité (pistes cyclables, transports en commun, accessibilité PMR, mobilité partagée).
  • La gestion des nuisances (bruit, pollution lumineuse, qualité de l’air, gestion des déchets).
  • La sensibilisation des populations (campagnes d’information, accompagnement aux changements de comportements, éducation à la santé).
  • La prise en compte des inégalités sociales et territoriales (accès équitable aux services, préservation des commerces de proximité, tarification sociale).
  • L’amélioration de l’environnement bâti et du cadre de vie (qualité des logements, aménagement des espaces publics, infrastructures sportives et culturelles).
  • La santé et la sécurité des populations (prévention des risques sanitaires et environnementaux, sécurité routière, gestion des catastrophes naturelles).
  • L’accès aux soins et aux services de santé (implantation de structures de santé, télémédecine, parcours de soins).
  • L’alimentation et la nutrition (circuits courts, restauration collective durable, accès à une alimentation de qualité).
  • L’activité physique et les modes de vie sains (infrastructures sportives, urbanisme favorisant la marche et le vélo, promotion des mobilités actives).
  • La participation citoyenne et la gouvernance locale (concertation publique, co-construction avec les habitants, transparence des décisions).
  • L’économie locale et l’emploi (création d’emplois locaux, développement durable des entreprises, soutien aux structures de l’économie sociale et solidaire).
  • L’adaptation au changement climatique (réduction des îlots de chaleur, infrastructures résilientes, préservation des ressources en eau).
  • La biodiversité et les écosystèmes (préservation des espaces naturels, corridors écologiques, intégration de la nature en ville).

Chaque recommandation doit être argumentée avec les données collectées lors de l’analyse, afin de convaincre les décideurs de son utilité.

Exemple concret : ajustements pour un projet de centre commercial en périphérie

Dans le cadre d’un nouveau centre commercial en périphérie d’une ville moyenne, l’EIS a identifié plusieurs effets négatifs sur la santé :

  • Une augmentation du trafic automobile entraînant une hausse des émissions de particules fines.
  • Une diminution de l’attractivité des commerces de proximité, pouvant impacter l’accessibilité aux services essentiels.
  • Une rupture dans la continuité urbaine, isolant la zone commerciale du reste de la ville.

Recommandations formulées dans le rapport :
Végétalisation de la zone avec des espaces verts et des plantations pour améliorer la qualité de l’air et limiter les îlots de chaleur.
✔ Mise en place d’une navette électrique entre le centre-ville et la zone commerciale pour préserver l’accessibilité des personnes sans véhicule.
Ajout de pistes cyclables et d’aménagements piétons pour encourager les déplacements actifs et limiter l’usage exclusif de la voiture.

Ces recommandations permettent de réduire les impacts négatifs du projet tout en renforçant ses bénéfices pour la santé des habitants.

Évaluation et monitoring : mesurer l’impact dans le temps

L’Évaluation d’Impact sur la Santé ne s’arrête pas à la rédaction du rapport. Une fois le projet mis en œuvre, il est essentiel d’assurer un suivi pour mesurer les effets réels des recommandations et ajuster les actions si nécessaire. Cette étape permet de vérifier que les mesures proposées ont bien été appliquées et d’évaluer leur efficacité sur la santé des populations.

Mettre en place un suivi des recommandations

Le suivi consiste à observer l’évolution du projet et ses impacts réels sur la santé.

Il repose sur plusieurs éléments :

  • Le contrôle de la mise en œuvre des recommandations, en s’assurant que les ajustements prévus (ex. : création de pistes cyclables, aménagements anti-bruit) ont bien été réalisés.
  • Le suivi des indicateurs de santé et d’environnement, pour comparer les niveaux de pollution, d’accès aux services ou de nuisances avant et après le projet.
  • La consultation des habitants et des parties prenantes, afin de recueillir leur perception des changements induits par le projet.

Ce travail peut être réalisé par des observatoires locaux, des agences de santé, des cabinets d’experts ou des services municipaux spécialisés.

Évaluer l’efficacité des mesures mises en place

L’évaluation repose, quant à elle, sur une comparaison entre les effets attendus et les effets observés.

Pour cela, plusieurs approches sont possibles :

  • L’analyse de données statistiques, pour mesurer l’évolution des problèmes de santé identifiés lors de l’étude (ex. : baisse des maladies respiratoires après la mise en place d’une zone à faibles émissions).
  • L’observation des changements de comportements, pour voir si les habitants adoptent de nouveaux modes de vie plus favorables à la santé (ex. : augmentation de la pratique du vélo après la création de pistes cyclables).
  • L’organisation de retours d’expérience, en impliquant les acteurs locaux dans une réflexion sur les ajustements à apporter.

Cette évaluation peut aboutir à de nouvelles recommandations, si certains impacts imprévus apparaissent ou si des améliorations sont nécessaires.

Exemple : suivi de l’impact d’un nouveau quartier résidentiel

Dans une ville périurbaine, une EIS avait recommandé l’intégration de cheminements piétons et de transports en commun pour limiter l’usage de la voiture dans un nouveau quartier.

Deux ans après la mise en service, un suivi a permis d’observer que, malgré les aménagements réalisés, seulement 15 % des déplacements se faisaient à pied ou en transport en commun, contre 40 % attendus.

Cette évaluation a conduit à de nouveaux ajustements : renforcement de la fréquence des bus, ajout de bancs et d’éclairage sur les parcours piétons, campagnes de sensibilisation sur la mobilité active.

Vous hésitez encore ? Voici en quelques mots pourquoi l’EIS est essentielle

L’Évaluation d’Impact sur la Santé (EIS) est bien plus qu’un simple outil d’analyse : elle est un levier stratégique pour des politiques publiques plus justes, durables et adaptées aux réalités des territoires. En intégrant la santé dès les premières phases de conception des projets, les collectivités peuvent anticiper les risques, réduire les inégalités et maximiser les bénéfices pour la population.

Grâce à une méthodologie structurée, l’EIS permet d’éclairer les décisions en identifiant les effets positifs et négatifs d’un projet, tout en proposant des solutions concrètes pour améliorer son impact. Elle favorise également une gouvernance plus transparente et participative, en impliquant les habitants et les acteurs locaux dans le processus décisionnel.

Intégrer l’EIS dès aujourd’hui est un enjeu stratégique pour les collectivités

Face aux défis croissants liés à la santé publique, à l’aménagement du territoire et aux transitions écologiques, l’EIS s’impose comme un outil clé pour des projets responsables et pérennes. Son adoption permet d’optimiser les investissements publics, d’améliorer la qualité de vie des habitants et de réduire les coûts de santé en agissant à la source des problèmes.

 

Vous êtes une collectivité, un acteur du développement territorial ou un professionnel de l’urbanisme et vous souhaitez intégrer la santé dans vos projets ?

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Hippocrate Développement

Créé en 2009, Hippocrate Développement est un cabinet de conseil spécialisé dans la santé. Nous accélérons la mise en œuvre de projets de santé pluriprofessionnels tels que les Maisons de Santé (MSP), les Équipes de Soins Primaires (ESP) et les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS). Experts du premier recours, nous définissons et mettons en place des projets territoriaux de santé, Contrats Locaux de Santé (CLS), Dispositifs d’Appui à la Coordination (DAC) des parcours de santé complexes ou encore des projets d’innovation Article 51. Nous travaillons avec les professionnels de santé, les collectivités, les ARS, les mutuelles et les industries pour identifier et mettre en place des innovations dans les métiers, les organisations de soins, les financements et les outils numériques. Notre soutien personnalisé répond à vos besoins spécifiques.

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